Zan Studio

Exposition d’affiches politiques et de films d’animation


  • Crédits: 

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Basel Nasr est l’un des membres fondateurs de Zan Studio. Nous l ’avions interviewé par email au sujet de l’ exposition Zan Studio qui a eu lieu à la Maison Folie dans le cadre du Focus Palestine.

Zan Studio a été créé à Ramallah en 2005, par de jeunes artistes palestiniens. C’est un espace de travail ouvert, réunissant des professionnels de talent, des artistes et des techniciens, travaillant ensemble dans le domaine des nouveaux médias et des arts visuels, dans le but d’interagir avec l’environnement social et la communauté qui l’entoure.

Interview de Basel Nasr

par Gérard Adam, traduction de Julie Adam

- Maison Folie : Basel, quel but poursuit Zan Studio ?

- Basel Nasr : Notre but est d’utiliser les arts visuels et les nouveaux médias comme outils pour un changement social. Nous voulons également ouvrir cette expérience à de nouveaux talents en leur donnant la possibilité de partager avec nous un espace de travail, des moyens techniques et des compétences. Zan Studio combine des activités commerciales et non-commerciales de façon à créer un système durable et indépendant, auto financé et capable d’apporter une contribution à la société.

- MF : Selon vous, quel rôle peuvent jouer ces jeunes artistes et plus spécialement les membres de Zan Studio ?

- B.N. : Je pense que les artistes en général jouent un rôle important dans tous les aspects de la vie sociale, politique et culturelle. Le fait que les Palestiniens vivent sous occupation depuis plus de 60 ans rend encore plus essentiel le rôle qu’un artiste doit jouer dans la résistance à l’injustice à travers son travail créatif. De mon expérience personnelle à Zan, j’ai appris que l’art est un puissant moyen de communication. La plupart des gens dans le monde en ont marre de regarder les infos et les médias traditionnels. L’ art est un média alternatif qui augmente l’attention accordée aux Palestiniens et qui présente la scène culturelle et artistique palestinienne au monde. En plus d’être un moyen de communication utile, l’art dans toutes ses formes est un outil puissant d’expression personnelle, surtout chez les jeunes et les enfants, qui sont les plus affectés par l’occupation. Au cours des dernières années, Zan a organisé de nombreux ateliers d’art dans des villes et des villages de Palestine, ainsi que dans des camps de réfugiés. Nous avons ressenti immédiatement l’impact des ateliers sur les enfants et les jeunes, notamment à travers leur enthousiasme et leur envie de s’exprimer personnellement.

- MF : En visitant l’exposition de la Maison Folie, j’ai vu l’affiche d’un groupe appelé ILNA. Pouvez-vous me dire quelques mots sur ce groupe ?

- B.N. : ILNA est un groupe totalement indépendant, qui n’est lié ni à un gouvernement ni à une organisation non gouvernementale. De plus, ILNA n’est lié à aucun parti politique ni aucune religion. C’est un groupe non officiel, ses membres n’ont ni bureau, ni téléphone, ni fax, ni plan financier. Mais ils croient, qu’avec la volonté, la jeunesse palestinienne est capable de créer des changements positifs. L’initiative ILNA a commencé après les 40 jours de couvre-feu qui ont eu lieu dans les villes de Ramallah et Al Bireh en 2002. Après cela, le groupe a commencé ses activités en nettoyant les rues, en aidant à reconstruire ce qui avait été détruit par les Israéliens et en organisant des journées pour les enfants. A ce moment-là, les activités ont commencé avec 4 ou 5 personnes qui avaient beaucoup d’expérience dans le travail avec les jeunes, acquise dans différentes organisations. Ensuite, le groupe a commencé à grandir, notamment en faisant participer des volontaires venant d’écoles, d’universités et des jeunes employés.

- MF : En Belgique, comment pouvonsnous participer à la réalisation de vos projets ?

- B.N. : Je pense que le plus important est de faciliter la collaboration entre des étudiants en art de Belgique et Zan Studio.

- MF : Dans le cadre de Masarat/Palestine *, vous allez continuer votre collaboration avec la Maison Folie de Mons, pouvezvous nous en dire plus à ce sujet ?

- B.N. : Nous allons travailler sur une exposition en novembre de cette année. Nous aimerions qu’elle reflète notre expérience et notre relation avec notre environnement en Palestine. Nous le ferons en créant un espace qui peut transmettre les émotions que nous ressentons à l’égard de cet environnement. La Maison Folie nous fournira l’espace, le support technique, mais surtout la possibilité d’entrer en relation avec d’autres artistes belges.

- MF : Comment voyez-vous la collaboration entre Zan et les étudiants belges ?

- B.N. : Cette collaboration avait déjà débuté après notre visite à Mons au mois de décembre 2007 et notre rencontre avec Jean-François (Octave, professeur à l’ESAPV et artiste plasticien, ndlr). Nous avions aussi partagé quelques textes et réalisations vidéos avec des étudiants de l’Ecole Supérieure des Arts Plastiques et Visuels. Il est important que nous partagions nos expériences, nos histoires, comme un premier pas dans la collaboration. Cependant, nous faisons face à certains obstacles, notamment la barrière de la langue et la distance. Nous pensons qu’il pourrait être très utile d’organiser un court séjour en Belgique pour quelques étudiants Palestiniens, dans le cadre de Masarat. Ce séjour pourrait nous donner l’opportunité de travailler directement avec les étudiants belges. Cela pourrait aussi permettre aux étudiants belges d’avoir une meilleure compréhension de la culture palestinienne.

Interview de Jean-Marie Wynants

par Julie Adam

Jean-Marie Wynants, chroniqueur au sein de l’émission 50° Nord (Arte Belgique) et journaliste au journal Le Soir, a consacré plusieurs articles au Festival Masarat et à Zan Studio. Il s’est rendu à Ramallah pour rencontrer les artistes palestiniens et en savoir plus sur leurs projets. Il nous explique en quelques mots ses impressions.

- Maison Folie : Vous êtes allé à Ramallah et vous avez eu l’occasion de rencontrer des jeunes artistes palestiniens. Quelle est, selon vous, la signification de Zan Studio pour tous ces artistes ?

- Jean-Marie Wynants : D’une part, le studio est un lieu de travail pour toute une série d’artistes. C’est important parce que en plus d’être un espace de travail, c’est aussi un lieu de rencontre. C’est une possibilité pour de nombreux artistes de se croiser. Un autre aspect important est le travail qu’ils effectuent dans les camps de réfugiés. Ils y vont avec un sténopé, un appareil photo qu’ils fabriquent eux-mêmes, et travaillent avec des enfants. Cela leur permet de se réapproprier leur image, de redevenir quelqu’un.

- M.F. : Qu’avez-vous pensé de l’exposition Zan Studio qui a été présentée à la Maison Folie au mois de décembre et en janvier ?

- J-M.W. : J’ai trouvé l’exposition très intéressante. On pouvait y voir des affiches, mais aussi des films qui sont destinés à être diffusés en Palestine. On a eu l’occasion de les voir en primeur. Les artistes de Zan Studio ont une manière d’aborder les choses avec beaucoup d’humour, ce qui est très surprenant parce qu’on s’attend à quelque chose de tout à fait différent vu leur situation. Le sténopé (pinhole en anglais) est une technique rudimentaire qui remonte aux origines de la photographie. Il s’agit d’une simple boîte percée d’un trou, qui tient lieu d’objectif. La face opposée au trou est couverte d’un papier photosensible, sur lequel se forme une image renversée de la réalité photographiée. Le projet de Zan Studio mené dans les camps de réfugiés, baptisé Pinhole Project, est donc un atelier qui permet aux enfants de faire de la photo de façon peu coûteuse. Dans ce cas-ci, les enfants utilisent une canette de soda dans laquelle ils percent un petit trou qui laisse passer la lumière. Dans la canette est disposé du papier photosensible. Cette technique, simple mais efficace, est donc accessible aux enfants des camps de réfugiés. Cet atelier permet aux enfants de représenter leur vision de l’existence, leur vie, à travers la photographie.

* MASARAT / Palestine ­ Saison artistique et culturelle en Communauté française Wallonie-Bruxelles, à l’initiative du Commissariat Général aux Relations Internationales et de la Délégation Générale de la Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg. Commissariat et Direction artistique : Les Halles

Cette saison tend à faire découvrir la vitalité de la création palestinienne contemporaine et veut offrir aux artistes palestiniens le moyen d’exprimer tout à la fois leur identité collective et leur diversité. www.masarat.be

Une production du Manège.mons/ Maison Folie, avec l’aide du Commissariat Général aux Relations Internationales dans le cadre de MASARAT/ Palestine. Scénographie exposition : Crisanta Fernandez. Construction : La Fabrique de Théâtre. Traduction, sous titrage, adaptation en français des films d’animation : Centre d’étude et de recherche multimédia de la Haute Ecole du Hainaut, Université Mons ­ Hainaut, sous la direction du professeur Safar.

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