Interview de Brigitte Bailleux

Conceptrice du projet "C’est Gentil. Il ne fallait pas !"


- Maison Folie : La Maison folie du manège. mons t’a proposé de concevoir et de mettre en scène un projet artistique qui s’ouvrirait aux habitants de Mons et des environs de la ville. Depuis quand y travailles-tu ? Quelles ont été les étapes de travail, comment le projet a ­t-il pris sa forme et aujourd’hui à quelle soirée nous convies-tu ?

- Brigitte Baillieux : Je travaille à ce projet depuis le début de septembre 2006. C’est un travail de longue haleine pour qu’il puisse à partir d’une idée, prendre une forme spécifique au terrain et aux partenaires du projet. Rêver d’abord ce projet qui, à partir du thème de la famille, solliciterait la participation des habitants comme témoins et comme acteurs. Créer des liens à travers plusieurs associations ou personnes ressources - le G théâtre, M’Sourire, La Maison des Ateliers, la Maison des Associations, Anne-Marie Nicolas, du Conseil culturel participatif de la ville de Mons, Colette Wilbaut, pour ne citer qu’elles - , qui connaissent le terrain et peuvent devenir relais dans la rencontre avec les habitants. Rencontrer des artistes ou des créateurs qui vont enrichir l’interdisciplinarité de ce projet : Jacques Duez, Zoubeir Ben H’mouda, André Meurice … Retrouver des collaborateurs qui me sont proches : Maggy Jacot pour la scénographie, Sarah Goldfarb pour la musique, François Houart pour le jeu, Laurent Kaye à la lumière, Virginie Thirion pour l’écriture de la partie plus théâtrale. Trouver des témoins, des comédiens et des musiciens amateurs, à travers les associations, les relations, la presse, le bouche à oreilles. Réunir des partenaires institutionnels : un appui logistique du Centre des Arts numériques, 5 étudiantes de 4ème année du Conservatoire de Mons incarneront « les filles de la maison ». Les Maisons Folie de Lille Wazemmes et de Maubeuge embarquent dans le projet : à Maubeuge, l’équipe technique de la ville construit « le bureau des félicitations », dessiné par André Meurice. Des comédiens viennent de Maubeuge, un de Lille, on échangera des spectateurs et à Lille en 2009, on recrée le projet avec des Lillois. Constituer des équipes de musiciens amateurs et de comédiens amateurs. Interroger les témoins et écrire la pièce : Virginie Thirion s’en charge. Répéter avec les acteurs et les musiciens. Imaginer le décor, composer la musique, clouer, coudre, chanter, improviser, animer …

- MF : Ce projet a la particularité de se nourrir d’une « matière » qui viendra des habitants de la ville. Comment a-t-elle était récoltée et traitée ?

- B.B : Virginie Thirion, l’auteur de la partie théâtrale du projet, a le goût de la rencontre. Elle a réalisé plus d’une vingtaine d’interviews de montois sur le sujet de la famille. Des témoins dont les anecdotes, les souvenirs mais aussi parfois les manières d’être ou de parler ont inspiré l’écriture de Virginie. La pièce s’intitule « Briques réfractaires » et se déroule lors d’un repas familial donné par un nouveau couple à l’occasion de la pendaison de crémaillère. Elle s’est aussi inspirée des comédiens du projet. Toutes les anecdotes, les souvenirs, glanés au moment des différentes rencontres avec des représentants d’associations, les comédiens ont aussi nourri son écriture. Un bureau des félicitations va faire escale à Mons, Maubeuge et Lille. Les habitants pourront déposer les félicitations qu’ils souhaitent adresser à des membres de leurs familles. Ces félicitations seront transmises sous différentes formes lors des représentations de C’est gentil. Il ne fallait pas ! .

- MF : C’est une création pluridisciplinaire. Quels sont tes partenaires ? Comment s’est organisé le travail ? Peut-on parler de création collective ?

- B.B : Ce n’est pas une création collective dans le sens où je suis venue avec un projet et que suite aux rencontres avec différents créateurs, je leur ai fait des propositions en fonction de ce que leur travail m’inspirait et de la place que j’imaginais pour eux dans ce projet. Virginie Thirion écrit du théâtre et a déjà travaillé à des écritures inspirées de témoignages : je lui ai proposé d’écrire un repas de famille, pour une vingtaine d’acteurs. Jacques Duez interroge merveilleusement des enfants, je lui ai proposé de « déplacer » son travail dans le salon de notre famille imaginaire et de parler de la famille. Je propose au vidéaste Zoubeir Ben H’Mouda de créer une fiction vidéo en dialogue avec les documents de Jacques Duez. Je propose à Maggy Jacot et à Laurent Kaye, respectivement scénographe et éclairagiste, un lieu, un scénario et eux me proposent un univers plastique. Je propose à André Meurice de fabriquer une cabine maton pour recueillir des témoignages, il répond par un objet artistique entre la malle de voyage et la caravane. Je propose à Sarah Goldfarb de composer une musique originale pour 2 petits concerts en chambre et une musique de spectacle avec des musiciens de la Maison des Ateliers . Chacun d’eux, à partir de ces propositions apporte son talent, sa sensibilité, sa personnalité et c’est ce qui enrichit le projet et le fait évoluer en commun.

- MF : La MF a la volonté de décloisonner les publics, de mêler acteurs, non-acteurs, amateurs et professionnels dans une même démarche artistique, c’est le cas dans ce projet. Quelle analyse fais-tu de ces initiatives ?

- B.B : Je suis persuadée de la pertinence de cette démarche. Dans ma compagnie, la Maison éphémère, nous la pratiquons également pour certains projets. Le mélange est beau parce que les professionnels sont confrontés pendant la création à la vie. Vous travaillez avec des gens dont la journée a été remplie d’un autre travail : des personnes qui sont là pour passer un moment de loisir même s’ils sont conscients du travail à fournir et du sérieux de l’entreprise, des personnes d’âges, de milieux culturels et sociaux différents. Ce rapport est plus rare dans les équipes professionnelles. Cette confrontation nous permet de relativiser notre travail à l’aune de « vraie vie » et aussi de se reposer les questions fondamentales de la création : quoi, pour qui, pourquoi, comment ? Pour les amateurs, je pense que l’expérience est belle car d’une part, les acteurs des troupes amateures sont habitués à être au four et au moulin : à coudre, clouer, jouer, faire la promo, nettoyer la salle etc. Ici, pour une fois, ils ont le luxe, de se consacrer entièrement au jeu. D’autre part, le fait d’être entourés de gens expérimentés permet d’apprendre, d’évoluer, de faire des rencontres, de découvrir de nouvelles manières de concevoir le théâtre ou la musique. Enfin, pour le spectateur, ce type de projet est riche car il a devant lui, sur le plateau, à la fois, tous les savoir faire du métier et, à la fois, la présence, non pas d’acteurs, mais de personnes qui lui ressemblent et qui donc, parfois, le touchent d’avantage ou lui permettent de s’identifier plus facilement.

- MF : Tu sais que la ducasse à Mons commence le vendredi 16 mai … Prévoies-tu un menu spécial Lumeçon ?

- B.B : Je pense que le menu Lumeçon, c’est traditionnellement un repas de famille. Et bien dans la nôtre, nous mélangerons les saveurs des cuisines italienne et française.

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