Le sol de la pièce encore vide est recouvert d’un nombre indéfinissable de panneaux de carton, dans ce qui semble être des tas distribués au hasard. 900 panneaux de cartons sur lesquels figurent des mots bizarres, écrits à la main, sont fixés aux murs les uns après les autres avec du ruban adhésif.
Secouées par un rire excentrique, qui souvent ne se distingue pas des pleurs, les trois interprètes se jettent sur le sol, pour se relever ensuite. Entre temps, elles brandissent un panneau de carton. A l’évidence, elles portent le poids des mots et elles subissent l’invasion de leurs associations. « Guantanamo beach », « over 40’s mum », « clean up » -déclarations, ordres, gros titres ; les mots, banals, personnels ou politiques se chevauchent et nous entraînent dans un jeu de significations.
De cette façon, des enchaînements se forment : « Brutal fun, brutally lost, lost occupation, still here… ». Se suivant les uns après les autres sans aucun ordre apparent, les mots occupent l’espace et le transforme en un lieu d’images – ou de paroles. Les corps laissent le champ libre à l’accumulation anonyme des mots exposés et les font agir. La pièce ressemble alors à un champ de bataille.
Le travail de La Ribot montre comment les termes de « performance » et d’ « exposition », après avoir souligné les différences entre la danse et les arts visuels, se sont fondus dans l’art performatif. Le public peut aller et venir librement – et peut faire partie de l’image en train de se faire. Avec cette performance, La Ribot confond à la fois les significations fixées dans les images et les mots et la place du spectateur. Entre les rires et l’action, elle décompose l’espace de l’image en sa dimension physique – la ramenant à échelle humaine et la rendant accessible, permettant de rester dans ce trou mystérieux qui tremble d’un rire sinistre. (…)
Joachim Gerstmeier, directeur de projets dans les arts performatifs au Siemens Arts Program Munich (Extrait, trad. Anouk Fürst)
In « Laughing Hole », we’re discovering a place totally panelled. On 900 cardboard panels, we find strange words, written by the hand. 3 actors are brandishing these panels and are this way explaining what people have to face every day. They are carrying the weight of the words. The audience can come and go freely.