Culturellement, ils semblent loin l’un de l’autre. Elle vient d’une culture occidentale de la danse contemporaine basée sur des mouvements majoritairement écrits ; lui, de l’histoire du butô, cette modernisation chorégraphique des formes traditionnelles du théâtre que sont le nô et le kabuki, fondée sur l’improvisation et la métamorphose.
Leur joute chorégraphique met en scène à la fois les distances et les ressemblances, jusqu’à susciter l’émotion d’une rencontre, d’un point de contact ou de heurts où l’un s’altère à l’autre. Un jeu d’enfants presque, où l’un imite l’autre à tour de rôle, manière d’entrer dans la peau de l’autre, de le connaître à travers ses propres mouvements, son genre ou son âge. Manière aussi pour l’un comme pour l’autre de devenir autre ou étrange à soi-même, de s’ouvrir à d’autres possibles de soi.
« La danse de Kasai est peut-être ce qu’il y a de plus éloigné de moi : vitesse gracilité, légèreté. Une version masculine, japonaise et butô de la ballerine. J’ai eu envie de lui proposer des jeux qui nous permettent de nous comprendre par le geste, de nous mener dans nos maisons respectives […]. Nous revêtons le “masque” de l’autre, nous entrons dans ses gestes pour connaître ses chemins, ses destinations, ses territoires. » Emmanuelle Huynh
Parallèlement à son travail chorégraphique, EMMANUELLE HUYNH développe des projets pédagogiques. Elle organise des sessions de travail regroupant des artistes de champs différents et collabore régulièrement avec des artistes plasticiens. Elle est à l’origine de pièces telles que Heroes, Le Grand Dehors, Futago, Cribles ou encore Shinbaï. Depuis 2004, Emmanuelle Huynh est directrice du Centre national de danse contemporaine d’Angers.
Danseur et chorégraphe japonais, AKIRA KASAI fonde en 1971 la Tenshi Kan, institution dédiée au butô et à l’ésotérisme. Il part pour l’Allemagne afin de participer à des performances d’eurythmie, et intègrera dans son institut cette discipline considérant le corps comme un moyen d’expression du monde suprasensible. Parallèlement, il développe un nouveau style très individuel de butô. Il crée différents projets pour des danseurs, mais sa conception du butô comme un rite secret fondé sur un monologue spirituel avec soi-même le porte plutôt à aborder la scène par le solo et l’improvisation.