GASPARD DELANOË, AUTEUR DE JE SUIS VENUE, NOUS EN DIT PLUS…
Maison Folie : Quelles étaient vos intentions en créant et en présentant Je suis venue ?
Gaspard Delanoë : Le titre de ce travail, « Je suis venue », contient à la fois un événement et une réponse. Il peut être entendu comme l’avènement d’une parole annonçant d’autres temps. De fait, en adoptant le dispositif de la conférence internationale (une parole produite derrière un pupitre face à une assemblée, puis traduite), et en mettant en scène une femme parlant arabe, Je suis venue semble venir s’ajouter (ou se substituer ?) aux très nombreuses images retransmises sur les écrans du monde entier d’hommes et de femmes politiques s’exprimant en public. L’intention est donc bien de renvoyer chaque spectateur à la façon dont il regarde et considère ce qui est devenu un truisme de toute stratégie de communication dans le domaine des relations internationales : la prise de parole des « politiques » tentant de résoudre une crise. Ce sont ensuite des effets de plateau (l’écho sur la voix de la parole énoncée, la lumière faible éclairant les protagonistes, l’impression de « déjà vu » produite par le son d’un microsillon rayé) qui permettent d’établir une distance d’avec le réel et d’installer l’espace fictionnel.
M. F. : Pourquoi passer par la danse Flamenco ? Quel est le sens de cette danse par rapport à votre propos dans ce spectacle ?
G. D. : Le Flamenco est une danse très codifiée qui, à la fois par sa puissance sonore et par le registre des postures qu’elle cultive, s’apparente à un langage à part entière. Or, le propos même de Je suis venue consiste, d’une certaine manière, à juxtaposer des langages, à les confronter et, in fine, à « danser un discours », après l’avoir prononcé. Le flamenco, par son aspect hiératique, péremptoire et magistral, est une forme qui se prête particulièrement à ce type d’articulation parole/mouvement.
M. F. : Qu’espérez-vous que le public ressente ou comprenne en découvrant le spectacle ?
G. D. : Il est difficile de projeter le type de réaction que le public peut avoir face à une forme hybride, qui oscille constamment entre le connu et l’inouï, et ne laisse sur son chemin que quelques réflexions teintées d’amertume et des questions sans réponses. Mais pour reprendre les paroles d’une célèbre chanson, il faut espérer que le spectateur ressente la fragilité, la précarité de toute situation, qu’elle soit conflictuelle, amoureuse, ou de toute autre sorte.
« Un tir, et ce sera la guerre
Un regard, et tu me feras naître »