« C’est ma condition de quarantenaire, l’obsession pressante d’une famille et la peur d’enfanter, de transmettre ma violence retournée. Mon métier de contorsionniste est mon exutoire aliénant. Ma famille, je la porte en moi, c’est d’abord mon père et mon frère, que je filme pour reprendre un rapport et rester objective. Mon père parle de sa relation difficile avec son père et son fils. Il se raconte en jeune homme dépressif, subit des électrochocs qui, dit-il, « l’ont sauvé » et par la suite rencontre ma mère et fonde une famille de neuf enfants. Mon frère, fils aîné, au même âge, est étiqueté schizophrène, mon père recommande alors des séances d’électrochocs et signe l’autorisation. Mes visites régulières à mon frère Dominique en hôpital psychiatrique, ont exercé une influence profonde sur ma condition et mon travail de contorsion, des images fortes me reviennent de mon frère sanglé à une chaise ou à son lit. À travers eux, par la contorsion et ses simulacres d’animalité, je questionne notre mal être, cette violence instinctuelle et aliénante transmise, et mon impuissance à me définir. La répétition d’exercices qui me cassent et les sons du corps qui s’en échappent sont liés aux discours du père et de mon frère, formant une même enveloppe rythmique. »
… C’est ainsi qu’Angela Laurier présente « Déversoir », aboutissement d’une longue exploration de l’intimité familiale, mais aussi tentative de démystification de la folie. C’est un moment d’une exceptionnelle sensibilité, bien au-delà du cirque, qui raconte le poids du roman familial sur le corps et la force d’arrachement qu’il faut parfois exercer pour le redresser.
With « Deversoir », Angela Laurier, presents her observation of family privacy and of madness demystification. She has suffered, due to the mental problems of her brother, and tries to reveal, through her contortion techniques, how to stand up and face situation.